En 2016, en pleine lutte contre les lois El Khomri, mais aussi aux portes de la marentalité, c’était au-delà du cortège officiel que j’avais participé.
Le climat se tendait déjà, avec cette politique du contact du côté des C.R.S., les nasses étaient devenues un dogme du contrôle des manifestations.
Mais j’avais pu en sortir, ne voulant pas prendre le risque de louper l’accouchement s’il arrivait plus vite, et cela avait été possible.
En 2018, c’était en famille, toujours au-delà de ce cortège officiel, précédé de son non moins officiel cortège officieux.
Cortège officieux et décris comme « black-block », plein de musique, de familles, de radicaux joyeux et, en tête, d’authentiques militants « black-block » dont les médias ne retiendront que la détérioration d’un MacDo.
Et entre des personnes blessées et du matériel cassé, je pense que le premier mérite a priori plus de considération car on ne répare pas un mur comme une jambe ou un visage.
C’était le vent charriant les litres d’air pollués par les lacrymo que nous avions cherché refuge dans la gare d’Austerlitz, loin pourtant du point chaud, avec notre enfant qui su déjà dire que ses yeux le piquait.
Cette année, en 2019, alors que nous arrivions à Montparnasse, la station de métro même était déjà polluée par la lacrymo.
Pose en urgence des lunettes de soleil sur le petit visage de notre enfant, doudou en filtre de fortune et marche forcée pour ressortir à l’opposé et tenter de rejoindre la manifestation.
Il nous aura fallu aussi laisser glisser ces milles bienveillantes, mais ô combien vexantes, remarques sur le risque que nous faisions porter à notre enfant.
Mais le problème n’est pas chez nous, il l’est en face, dans ces gouvernement qui transforment une célébration de droits durement acquis par nos prédécesseurs en une occasion de prouver l’incurie de son peuple.
Nous n’aurons pas pu parcourir plus de quelques centaines de mètres car la foule était compacte, les chars syndicaux n’avançaient pas, indice de blocage en aval, et les rues latérales étaient bloquées par des cordons compacts de casqués.
Heureusement, l’un de ces cordons s’ouvrira pour nous laisser partir mais nous n’aurons pas danser beaucoup cette année au son des batucada.
C’est pour moi le 1er mai le plus triste depuis longtemps.
Une bonne journée pourtant mais sans la liesse qui aurait du l’accompagner.
Et en écrivant ce texte, le refus intérieur vif de ne pas écrire force de l’ordre car il ne s’agit plus de cela, il ne s’agit plus d’ordre mais de répression.
Qu’une compagnie de C.R.S se fasse porter pâle, que d’autres se suicident pourraient être un indice du malaise qui se développe chez certains … les autres doivent être cette frange immense qui aime l’extrême droite.